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Émission “Loin des yeux, Près du cœur” - 31 mai 2019 – Claudette Hébert, fille d'un adopté décédé Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du cœur” du 31 mai 2019 – Claudette Hébert, fille d’un adopté décédé

Normay échange, cette semaine, avec Claudette Hébert, fille d’un adopté, aujourd’hui décédé, mais qui n’a jamais pu réussir à retrouver ses origines. Né le 7 juin 1927, son père nommé Joseph Léo James à la naissance, pour ensuite porter le nom de Léo Firmin, Léo Arcour et, au final, le nom Hébert lui a été attitré. Il est né à la Miséricorde de Montréal, transféré à la Maison du Saule vers 9 mois, à l’école Industrie de Liesse vers 6 ans et, au final, vers 12 ans, à Huberdeau, ferme qui accueillait des orphelins pour les faire travailler sur la ferme. À 14 ans, il a été admis dans la famille Hébert, cultivateurs de St-Constant. Claudette nous raconte la difficile histoire de son père.

Si vous pouvez aider Claudette, n’hésitez pas à nous contacter. Bonne semaine.

Pour écouter votre émission :

N’hésitez pas à commenter et à partager!

RÉSUMÉ

Résumé de votre émission Loin des yeux, près du coeur du 31 mai 2019
Invitée: Mme Claudette Hébert
Pour écouter l'émission, cliquez sur le lien ci-dessous:
https://soundcloud.com/…/loin-des-yeux-pres-du-coeur-31-mai…

Mme St-Pierre a rencontré Mme Hébert au colloque du Mouvement Retrouvailles du 4 mai dernier, à Joliette. L'histoire du père de Claudette a beaucoup intéressé Normay et lui a fait penser au documentaire « Nestor et les oubliés » réalisé par Benoît Pilon et présenté à Télé Québec en 2006. Ce Nestor était en fait un orphelin de Duplessis et avait séjourné à Huberdeau. M. Robert Carrière, fondateur de l'Histoire des Crèches au Québec (HCQ), sur Facebook, a fait partie de ce documentaire et avait invité Normay au lancement du 4e long métrage documentaire de Pilon, qu'elle a bien apprécié, malgré les parcours de vies difficiles des usagers de l'orphelinat.

Mme Claudette Hébert recherche les origines de son père décédé, il y a 13 ans. Celle-ci disait à Normay que son père était un fidèle auditeur de son émission, ce qui l'a touchée, lui a fait chaud au coeur.

Son père a eu une vie difficile avec un lourd bagage à porter, demandant une force de caractère peu commune et un instinct de survie à toute épreuve. Il a été enregistré au nom de Joseph Léo James, à la naissance. Il a ensuite porté le nom de Léo Firmin, Léo Arcour et au final, le nom Hébert lui a été attribué. Il est né le 7 juin 1927 à l'Hôpital de la Miséricorde de Montréal et a été transféré à la Maison du Saule, vers 9 mois. À 6 ans, il a été admis à l'école Industrie de Liesse pour terminer son parcours, vers 12 ans, à l'Orphelinat Huberdeau, à vocation agricole, qui accueillait des orphelins pour les faire travailler à la ferme, « esclavage d'enfants », en fait. À ses 14 ans, il a été admis dans la famille Hébert, cultivateurs de St-Constant.

On ne change pas de nom sauf lors de l'adoption normale officielle d'un enfant mais, pour son père, on lui donnait un nouveau nom dans les diverses institutions fréquentées. Au niveau de l'état civil, elle a appris, plusieurs années plus tard, que son père avait toujours porté le nom de Léo James mais ne l'a jamais su.

Lors des jours de fêtes ou à certaines périodes précises dans l'année, les portes étaient toutes grandes ouvertes dans les institutions pour que des futurs parents adoptifs puissent voir les enfants et en choisir un. Ils étaient endimanchés, on leur faisait un belle toilette et ensuite, on les alignait. Les futurs parents déambulaient devant les enfants et examinaient la « marchandise », comme s'il s'agissait de chevaux. Dans le cas de son père, malheureusement ou heureusement, il n'a jamais été choisi. Il était maigrichon, au teint pâle et avait une faible santé, donc, rejeté. Il voyait donc autour de lui des copains s'en aller, être choisis. Il ne comprenait pas pourquoi, lui, n'était jamais choisi. Il nourrissait de l'espoir, ces dimanches et jours de fête, et était excité à l'idée d'être choisi, lui aussi, pour au final, « rester sur le plancher ». C'était difficile pour le moral et pour l'estime de soi.

Son père, à l'image de plusieurs autres enfants à Huberdeau, a été victime de sévices corporels, d'abus sexuels et de sévices mentaux. Agressés par les Frères de la Miséricorde, qui devaient les protéger, on assistait à une conspiration du silence. Si des enfants osaient en parler, ils n'étaient pas crus, bien sûr, car ils étaient dans une institution religieuse, catholique, à une époque où le clergé imposait une discipline morale stricte alors que les religieux, eux, ne se gênaient pas pour avoir leur « propre morale élastique ». Ils étaient soumis par la peur constante qui y régnait dans ses murs. Son père a grandi en étant toujours aux aguets comme une bête traquée, avec une angoisse permanente, au coeur.

À 14 ans, 2 ans après son passage à Huberdeau, soit en 1940, il est allé à St-Constant, chez une famille de cultivateurs, les Hébert, et il y est demeuré 4 ans. La famille Hébert devait faire une promesse d'adoption pour avoir le droit d'avoir un enfant pour travailler chez eux. Ils devaient débourser une somme mensuelle à l'institution soit disant pour l'enfant, plus tard.

Les années ches les Hébert furent difficiles aussi. Il s'agissait d'un couple d'un certain âge, sans enfants, et trouvant toujours à redire sur le travail de son père. Ils étaient insatisfaits et il avait droit, ici aussi, à des sévices corporels et à de la cruauté mentale. Il était enfermé dans le silo à grains lorsqu'il y avait des visiteurs. Il lui était défendu de se montrer le bout du nez tant et aussi longtemps qu'il y avait des visiteurs. On le faisait dormir dans le grenier et, si la famille devait quitter les lieux, on l'enfermait alors dans le grenier. Jamais ces gens ne l'emmenaient avec eux. Il était traité sans égards.
Si des voisins trouvaient étrange la situation, portaient plainte, le curé du village s'empressait de dire qu'il devait expier le péché de ses parents. En vieillissant, il s'est vite rendu compte qu'il ne devait surtout pas dire qu'il était orphelin; ça ne semblait pas être une recette gagnante. Il se sentait comme un moins que rien, au nom de la religion... surtout au nom des religieux! Il a tenté de fuguer à quelques reprises mais il s'est fait reprendre et il en était très malheureux!

On lui a accordé « sa liberté » à presque 20 ans, la majorité étant à 21 ans, à l'époque. En 1947, il devait donc travailler et obtenir une carte de travail. On lui a remis une lettre d'accompagnement pour son baptistaire « temporaire », ce qui est loin d'être courant! Quel était donc le grand secret de sa famille qui faisait en sorte que son père avait porté 4 noms, pourquoi changer si souvent d'identité pour ne pas qu'il soit retrouvé? Sa mère et/ou son père étaient-ils très connus, en religion, en politique? On peut le supposer.

Avec sa carte, il pouvait maintenant demeurer en chambre et pension et travailler à Montréal, comme presseur, dans des usines de textiles. C'est là qu'il a rencontré sa mère qui, elle, travaillait avec des machines à broder. Ils ont commencé à se fréquenter et ensuite plus sérieusement et ont parlé de mariage. Ils se sont fiancés mais, pour le mariage, sa grand-mère n'était pas très enthousiaste à cette idée sachant qu'il était orphelin et sans doute dans une famille de « fous ». Les fiançailles ont été rompues. Son père s'est rendu aux États-Unis, tout en aimant encore sa promise. Il a travaillé comme bûcheron, pendant un an, et ils ont correspondu. Les grands-parents n'ont pas eu le choix de se résigner à ce mariage.
Sa soeur et sa mère voulaient se marier à la même période et, comme c'était moins coûteux de ne faire qu'une cérémonie, ils ont donc fait un mariage double. Ils avaient donc besoin d'un baptistaire. Aucun problème pour les trois autres personnes mais pour son père, il y avait un pépin. En se rendant à la paroisse St-Jacques, il a décliné son identité: Léo Arcour et on lui a répondu qu'il n'y avait personne de ce nom. Il va donc voir son tuteur et lui dit: « C'est impossible »! J'ai été élevé par des prêtres et dans des institutions catholiques religieuses, voyons, pourquoi ces irrégularités? Il revendiquait son droit de se marier, son droit au bonheur qu'il n'avait pas volé mais que devait-il faire? L'abbé Content lui a dit qu'il devait aller s'acheter un nom, à l'état civil, tout en sachant que son père était sans le sou et que c'était une somme considérable. L'unique option était alors de piler sur son orgueil et de retourner à St-Constant, chez les Hébert, pour qu'ils prêtent leur nom à son père. Les arrangements se sont faits, à toute vitesse, et on a dit à son père, de signer, « à la sauvette ». Les documents étaient conformes aux adoptions à la Cour supérieure, une vraie adoption, imaginez, à 24 ans!

Au final, son père était fier d'avoir au moins une appartenance à une famille, de porter le nom de quelqu'un et le jour de ses noces, devant l'autel, il a blêmi quand on l'a nommé: Léo Hébert dit Arcour. C'était une autre insulte. Il avait déjà été forcé à piler sur son orgueil pour se trouver un nom voilà donc qu'on lui accolait maintenant le Arcour, derrière Hébert, ce qui était blessant et ce, même une journée si importante pour lui et heureuse, la cérémonie de son mariage, qui a été assombrie par cet événement.

Son père était une personnes généreuse et quand il savait que des hommes sortaient d'Huberdeau, il les emmenait chez eux pour les aider à se trouver un travail, pour les aider à s'installer dans des chambres et pension parce que lorsqu'ils sortaient, ils étaient démunis, n'avaient aucun bulletin scolaire, pas d'instruction donc, pas de famille, pas de liens et connaissaient peu de choses en dehors de l'orphelinat. Mme Hébert les appelait ses « mon oncles ». Son père aurait aimé qu'on lui tende la main à sa sortie d'Huberdeau, ce qui n'est pas arrivé, alors, lui, il l'a fait pour d'autres.

Son père n'a jamais pu retrouver ses origines donc, sa fille a pris sa relève en se disant qu'elle trouverait un jour. À 8 ans, à l'école, elle avait à faire un arbre généalogique de sa famille et c'est là que son père lui a dit qu'il était orphelin. En 1980, une de ses soeurs s'est rendue au palais de justice avec leur père et ils ont appris que son nom véritable était Léo James, nom de baptême et à l'état civil.

En 1981, il a fait sa première demande à son Centre jeunesse pour pouvoir connaître sa mère d'origine. En 1989-1990, son père et elle sont allés frapper à toutes les portes, à toutes les instances gouvernementales mais le mur de la confidentialité toujours les rattrapait.

Au décès de son père, la flamme de la recherche a beaucoup faibli. Pendant quelques années, elle n'a pas recherché. Cependant, avec la loi 113, elle a écrit au ministère de la Justice et elle n'obtient pas de réponse parce que son père est décédé. Elle trouve déplorable, avec raison, que ses descendants et elle ne savent pas leur histoire génétique, ce qui les complète. Il manque autant aux enfants des personnes adoptées qu'aux personnes adoptées elles-mêmes, un morceau de puzzle, celui de leur famille, et ça leur appartient. C'est une raison pour laquelle Mme Sylvie Carole Picard a créé la page Facebook « Les oublié(e)s de la loi 113 ». Sylvie tout comme Claudette veulent continuer les recherches, pour leurs descendants, malgré le décès de leurs pères afin qu'un trou ne se retrouve pas dans leur lignée. L'identité leur appartient et les enfants des personnes adoptées décédées n'y ont pas droit. C'est inconcevable, c'est un non-sens!

Elle a tout son arbre généalogique du côté maternel. Elle est allée avec les tests d'ADN de la compagnie Ancestry. Elle sait que sa grand-mère est native du Maine. Elle a vu apparaître des contacts du Maine, du côté de son père. C'est sans doute une très bonne piste. Elle est en contact avec plusieurs personnes et est même invitée à se rendre dans le Maine mais elles sont anglophones et elle ne parle pas anglais mais, avec l'aide de Google traduction... elle peut trouver de l'aide. Elle nourrit un grand espoir en se disant qu'un jour, elle va y arriver. À ce qu'elle en sait, ses origines seraient une famille Ouellet.

En conclusion, elle dit admirer son père pour avoir traversé cette vie si difficile, sans avoir rien qui ne lui appartenait pas même un nom pendant des décennies. Il s'en est sorti fort, patient, travaillant, altruiste, pacifique. Il aurait pu être itinérant, ou avoir des dépendances à l'alcool, aux drogues, aurait pu être même un bandit ou un meurtrier mais il a été un bon mari et un bon père. Elle lui lève son chapeau car son cheminement a été une route remplie de tourments, d'épreuves, de frustrations, de rejets et d'angoisses. Il s'est battu toute sa vie et a été une bonne personne.

Merci à Mme St-Pierre et merci à Mme Hébert pour son partage plus que troublant. Nous lui souhaitons bon succès dans la poursuite de ses recherches.
Partagez la page de l'émission en grand nombre et n'oubliez pas: « Aidez-nous à vous aider. »

Merci à M. Jean-Paul L'Heureux pour la sonorisation.

Merci aussi au Mouvement Retrouvailles, commanditaire de l’émission.

Il est possible de vous procurer le livre de Mme Normay St-Pierre écrit en collaboration avec Mme Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.
Si vous désirez participer à l'émission, écrivez directement à Mme Normay St-Pierre à l'adresse suivante: normay.stpierre@videotron.ca Elle se fera un plaisir de vous contacter et de vous fixer un rendez-vous téléphonique. Vous n’avez donc pas à vous déplacer pour vous présenter en studio. Les enregistrements sont faits le mercredi soir, à 19h00.

Marthe Charest

Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003


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