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Émission “Loin des yeux, Près du cœur” - 25 janvier 2019 – Lucie Bourdeau, psychologue Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du cœur” du 25 janvier 2019 – Lucie Bourdeau, psychologue

Cette semaine, Normay reçoit Lucie Bourdeau, psychologue, laquelle était présente aux émissions "Deux filles le matin" plus tôt cette semaine. Une bonne trentaine de minutes des plus intéressantes.

Pour écouter votre émission :

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RÉSUMÉ

D'entrée de jeu, Normay félicite Mme Bourdeau pour la justesse de ses propos lors de son passage à l'émission Deux filles le matin. Pour son baptême-télé, celle-ci est bien satisfaite de ce qu'elle a pu dire et est bien heureuse de son expérience.

Normay lui demande de parler du droit de veto, important dans la loi 113, et qui peut faire peur aux mères d'origine qui n'ont pas fait de démarches, pour des raisons qui leur appartiennent.

Effectivement, ça va ébranler plusieurs mères car, en voyant cette annonce-là du veto, c'est un élément déclencheur qui réactive toutes les mêmes peurs, le rejet, la honte et l'insécurité vécus à l'époque où elles ont dû confier leur enfant en adoption.

Ce n'est pas parce qu'elles n'ont pas fait de démarches qu'elles ne veulent pas que leur enfant devenu adulte les retrouve. Le secret était pour elles un mode de protection et maintenant, elles réalisent qu'il est possible que ce secret bien gardé tombe alors, oui, ça peut être paniquant.

Elles peuvent être sous le choc mais, en même temps, ça leur donne l'opportunité de revisiter leur histoire et de se demander si elles veulent vraiment demeurer dans le secret. Ce n'est plus la même époque et les moeurs ont changé. Nous entendons parler davantage de retrouvailles et à quel point elles peuvent apporter un sentiment de libération. Ça donne une chance aux mères de décider par elles–mêmes, ce qu’elles n’ont pu réellement faire au moment de l’adoption. Elles pourraient se réapproprier leur pouvoir décisionnel mais elles sont face à une décision importante qui aura un impact non seulement sur elles mais sur leurs enfants qui ont un besoin viscéral de connaître leurs origines.

Il faut se rappeler que la confidentialité des dossiers n’est arrivée que dans les années '60. Avant ces années, il s’agissait plutôt d’une coutume imposée. On agissait de cette façon pour pouvoir sécuriser les mères et pour pouvoir les intégrer à nouveau dans la société afin qu'elles ne soient pas jugées. Leur silence était demandé de toutes parts et elles s'y sont conformées.

Ce silence les a empêchées de s'exprimer et de vivre leur deuil, leur perte et c'est lourd! Elles peuvent dire oui ou non en 2019. Cette décision leur reviendra car la loi 113 leur en donne l'opportunité.

Avec les Centres jeunesse, des mères pourraient joindre une lettre racontant leur histoire. Il pourrait y avoir une rencontre dans l'anonymat car des mères seraient prêtes à faire certains pas même si elles ne veulent pas dévoiler leur identité. Cependant, le formulaire à compléter pour poser un veto d'information ou de contact est trop rigide. Il n'y a pas d'espace prévu pour laisser des commentaires, un message, expliquer l'histoire médicale ou alors parler d'un contact qui pourrait se faire dans l'intimité, ne serait-ce qu'une seule fois. Aucune de ces options ne se retrouve dans le formulaire standard qui ne convient pas à plusieurs femmes. De plus, il n'est pas si facile à remplir avec l'état d'esprit (stress, nervosité) dans lequel elles sont quand elles y répondent.

Aussi, un an après leurs décès, l'histoire de ces dames risque d'être connue par la famille. C'est justement une piste de réflexion que les mères doivent avoir à savoir de pouvoir expliquer de leur vivant leur histoire au lieu qu'on le fasse pour elles, après leurs décès. Que faire? Ne pas poser de veto et être disponible si leur enfant les recherche? Faire une demande? Si elles veulent garder le secret, même après la mort, il y a moyen de joindre une lettre à un testament, par exemple, pour permettre à la descendance ou à la personne adoptée d'avoir des informations. Ça ne vaut pas une procuration mais, à l'article 183, il y aurait une ouverture avec la fratrie. On pourrait faire une demande au Centre jeunesse pour rencontrer la personne adoptée si elle-même en a fait une. La loi est imparfaite et ne facilite pas vraiment la rencontre de la fratrie.

Il en va de même pour la descendance. Il y a plusieurs mères qui n'ont pas eu d'autres enfants mais celles-ci peuvent avoir des soeurs, des frères vivants qui ont été informés de cette grossesse hors mariage. Si seulement l'une des deux parties concernées pouvait faire une demande, ça simplifierait tellement le processus.

Si on compare avec les autres provinces, un infime pourcentage seulement de mères d'origine posent un veto d'information et ce, surtout au cours de la première année. Après la deuxième année, on ne voit plus de veto d'information de posé. C'est vraiment et uniquement celles qui ont une grande réticence qui oseront faire le geste. Est-ce qu'au Québec ce sera à l'image des autres provinces ou si les peurs et les préjugés face au monde de l’adoption, encore présents prendront le dessus?

Il y a beaucoup plus de personnes adoptées que de mères d'origine qui recherchent mais plusieurs mères attendent aussi que les personnes adoptées se manifestent.
Elles espèrent des nouvelles de leurs enfants devenus adultes, mais elles ne se donnent pas le droit d'avancer par peur de ne pas être à la hauteur, pour ne pas déranger ni vivre un autre rejet. Pourtant, huit femmes sur dix souhaitent connaître leur enfant et disent oui aux retrouvailles. C'est important de comprendre le vécu des mères et des personnes adoptées pour mieux comprendre leur position, de part et d'autre. Des deux côtés, les mêmes peurs ont été vécues.

Les personnes adoptées veulent plus d'informations alors que les mères, elles, ont porté l'enfant et veulent davantage créer une relation. La plupart du temps ce sont les personnes adoptées qui coupent le lien suite aux retrouvailles. La mère perd deux fois « son bébé », au final, et l'équilibre qu'elle croyait peut-être ravoir est rompu...

Pour la première rencontre, il est toujours recommandé d'être mère/fille, mère/fils seulement. Un à un, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse se faire! Il y a beaucoup de stress, d'émotions et de choses à se dire alors ce n'est peut-être pas vraiment le temps d'avoir des témoins dans les alentours.

Pour les retrouvailles, personne n'est jamais vraiment et totalement préparé mais c'est important de savoir ce dans quoi on s' « embarque ». Il faut vivre cette démarche-là d'une façon responsable car de part et d'autre, toutes et tous ont vécu des blessures et nous pouvons oublier celles de l'autre, celles guéries ou en voie de guérison. Après les retrouvailles, il faut aussi laisser retomber la poussière, les rêves, l'imaginaire pour prendre du recul, pour accueillir la réalité qui s'offre à nous et prendre le temps. C'est difficile pour les deux parties en cause car il y a beaucoup d'enjeux pour parvenir à une réussite.

Après les retrouvailles, un suivi est très important et le Mouvement Retrouvailles existe entre autres pour cette étape si cruciale. Il peut y avoir plusieurs questionnements en rapport avec l'avenir. Le soutien, l'accompagnement, tout comme raconter son histoire doivent être au rendez-vous. Ils sont primordiaux.

Aux États-Unis, ils ont de meilleures relations, qui durent dans le temps, parce qu'on parle plus librement d'adoption et qu'il n'y a pas eu autant de secrets qu'au Québec. Il y a aussi beaucoup de groupes de discussion pour les personnes adoptées et pour les mères d'origine. C'est prouvé que c'est le soutien qui est aidant.

Les personnes adoptées se sentent souvent blessées si au cours de la première heure des retrouvailles leur mère ne leur a pas demandé: « Toi, dans ta vie, comment c'était? » Il faut y aller en douceur. Parfois, les conclusions sont trop hâtives et erronées. Les mères ne sont pas ingrates ni insensibles. Elles ont un grand besoin de s'expliquer et elles peuvent peut-être prendre trop de place. Les deux parties sont blessées et nous marchons sur des oeufs.

L'accueil et les élans affectifs sont parfois retenus pour ne pas « faire peur » et peuvent être interprétés comme un manque d'amour. Il ne faut surtout pas juger dès la première rencontre. Ça ne se passe pas toujours comme nous l'avons imaginé mais, avec la communication, l'ouverture, les choses peuvent se placer.

Qu'en est-il des photos lors des retrouvailles? Elles sont difficiles à voir, pour les mères, le jour même des retrouvailles, où elles sont à fleur de peau. Elles constatent tout ce qu'elles ont manqué mais, en même temps, au fond d'elles, elles sont contentes que leurs filles ou leurs fils aient été heureux. Les gens sont souvent anxieux de savoir quels seront leurs sujets de conversation alors, les photos meublent le temps, les silences et, à tour de rôle, si on peut échanger, ça serait l'idéal.

Les mères ont un deuil à faire et il se fait après les retrouvailles. Le domaine des retrouvailles est quand même complexe car les personnes impliquées sont éprouvées et ont chacun(e) leurs propres attentes.

Concernant les pères d'origine, plusieurs sont partis à l'annonce de la grossesse mais certains d'entre eux ont voulu prendre leurs responsabilités, voulaient rester et ont été déçus et peinés car les parents de la jeune fille refusaient qu'il marie leur fille. C'était le père de la fille qui avait droit de regard et de parole dans la maison et sur l'avenir de sa fille.

Il y a eu des pères qui ont vécu le même deuil que des mères mais on en parle peu. Ils n'ont pas porté le bébé mais ils se sont sentis impuissants à deux niveaux: le premier, impuissants à sauver leur bébé et le deuxième, impuissants de pouvoir aider leur femme à garder le bébé. Ils avaient donc deux poids sur leurs épaules.

Dans un autre ordre d'idées, Mme Bourdeau conserve l'espoir qu'on trouvera sûrement un espace commun, après juin 2019, où l'on pourra débattre de la loi 113 et des amendements à apporter, pour expliquer les impacts, où ça bloque. Il pourrait y avoir le Mouvement Retrouvailles, des personnes de l'Équipe centralisée Info adoption du CISSS de la Montérégie-Est, Les exclus de la loi 113 et Mme Bourdeau, entre autres, comme représentant(e)s.

Vous pouvez vous procurer le livre de Mme Lucie Bourdeau « Les retrouvailles en adoption une quête de soi » chez Archambault, Renaud-Bray ou en ligne sur sa page Facebook.

Merci à Mme Normay St-Pierre et merci à Mme Lucie Bourdeau pour ses informations pertinentes et intéressantes.

Merci à M. Jean-Paul L'Heureux pour la sonorisation et pour le choix de la pièce musicale « Il y a des gens que l'on aimerait connaître » interprétée par Dalida. Merci aussi au Mouvement Retrouvailles, commanditaire de l’émission.

Il est possible de vous procurer le livre de Mme Normay St-Pierre écrit en collaboration avec Mme Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.

Si vous désirez participer à l'émission, écrivez directement à Mme Normay St-Pierre à l'adresse suivante: normay.stpierre@videotron.ca Elle se fera un plaisir de vous contacter et de vous fixer un rendez-vous téléphonique. Vous n’avez donc pas à vous déplacer pour vous présenter en studio. Les enregistrements sont faits le mercredi soir, à 19h00.

Marthe Charest

Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003

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