Abonnez-vous à notre web radio sur soundcloud

  Abonnez-vous à notre chaîne YouTube


Émission "Loin des yeux, Près du coeur" - 7 décembre 2018 - Christine Therrien, adoptée Imprimer cette page

Partager

Émission “Loin des yeux, Près du cœur” du 7 décembre 2018 – Christine Therrien, adoptée

Cette semaine, Normay reçoit Christine Therrien, adoptée au niveau international. Christine est née en Haïti et a été adoptée à l'âge de 6 ans et demie, avec son frère biologique âgé de 3 ans. Elle nous raconte ses retrouvailles avec sa famille biologique, plusieurs années plus tard.

Bonne semaine et bonne écoute

Pour écouter votre émission :

N’hésitez pas à commenter et à partager!

RÉSUMÉ

Résumé de votre émission Loin des yeux, près du coeur du 07 décembre 2018

Invitée: Mme Christine Therrien

Pour écouter l'émission, cliquez sur le lien ci-dessous
https://soundcloud.com/…/loin-des-yeux-pres-du-coeur-7-dece…

Les parents adoptifs de Mme Therrien ont toujours été très ouverts concernant son adoption, en fonction de ce qu'ils en savaient eux-mêmes. Ils ont pu lui donner le nom de ses parents d'origine et le nom de son village natal. Son frère d'origine a été adopté dans la même famille qu'elle. Vers ses 19 ans, avec son intervenante en adoption, elle a pu se rendre compte qu'elle avait un dossier assez détaillé à savoir son acte de naissance et un résumé de son parcours de vie en Haïti. Ça lui a pris 26 ans avant de faire ces démarches-là, pour des retrouvailles.

Elle est demeurée avec sa mère jusqu'à l'âge de 5 ans et demie et son père d'origine est décédé alors qu'elle était très jeune. Elle serait allée de 6 à 7 mois dans un orphelinat. Elle a été adoptée à 6 ans et demie et son frère, à 3 ans. Elle est arrivée au Québec presque âgée de 7 ans. Étonnamment, elle a des souvenirs précis même dans l'avion, c'est particulier, dit-elle! À son arrivée, au Québec, elle avait été préparée à l'orphelinat où on lui avait parlé de sa famille et on lui avait montré une photo. Sa réaction à l'aéroport: elle a pris la main de son frère en lui présentant ses parents: "Voici maman, voici papa". Dans sa petite tête d'enfant "conditionnée", elle s'était imaginée que c'était leur mère et leur père depuis le premier moment où elle avait vu des photos.

Elle a eu des parents extraordinaires, heureusement, ça aide énormément car elle a vécu une adolescence tourmentée et révoltée. Les années ont passé et elle voulait retrouver mais parfois, ne voulait plus du tout ensuite. Quand elle est devenue enceinte de sa fille aînée, au lieu de vouloir retrouver, elle se disait que l'amour qu'elle portait à sa fille était si magnifique qu'elle se demandait bien pourquoi sa mère avait voulu la "donner" ce qui lui faisait prendre un recul et mettre un blocage sur son idée d'envisager des retrouvailles en Haïti. Elle s'est alors rapprochée encore davantage de sa mère adoptive. Après sa fille, elle a donné naissance à deux garçons. À un moment donné, ils ont commencé à lui poser des questions sur sa "vraie" maman. Par conséquent, elle s'est dit qu'elle devrait en savoir plus sur ses racines afin qu'eux aussi connaissent leur héritage génétique, entre autres.

Alors, en novembre 2016, l'arrivée de sa belle-mère congolaise au Québec l'a chamboulée pas négativement mais l'idée de penser que son mari vivrait des retrouvailles avec sa mère, car ça faisait plusieurs années qu'ils ne s'étaient pas vus et, penser aussi aux souvenirs qu'ils allaient se rappeler a été l'élément déclencheur pour connaître ses origines, ses racines, sa famille.

Le jour même de l'arrivée de sa belle-mère, au travail, sur l'heure du dîner, elle a décidé de se rendre sur Facebook. Elle a tapé son nom de famille du côté paternel et alors là, tout à coup, elle s'est sentie mal, bizarre, et transpirait. La photo d'une jeune femme apparaît et, pour la première fois de sa vie, elle se voyait en quelqu'un d'autre. À ce moment-là même, elle savait que c'était sa soeur ou alors une personne très près d'elle.

Remplie d'émotions, elle se demande: "Est-ce possible qu'en un seul clic sur Facebook j'aie pu retracer un membre de ma famille?" Alors, avant de confirmer, elle devait agir en toute prudence. Ne connaissant pas beaucoup la culture haïtienne, elle pouvait "tomber" sur n'importe qui. Sachant son histoire passée, elle envoie donc un court message, en ne se dévoilant pas, en disant: "Bonjour, je m'appelle Christine. J'aimerais savoir si vous connaissez ces personnes, en donnant le nom de ses parents de naissance." Ensuite, elle attend et regarde dans les contacts Facebook de cette personne. S'il apparaît trois noms de famille significatives du côté paternel, du côté maternel et d'une cousine confiée en adoption en même temps qu'elle et son frère alors là, c'est presque impossible que ce ne soit pas sa famille. Elle défile les noms à l'écran et voit effectivement les trois noms de famille, en question. Les larmes coulent alors et 26 ans aussi de colère, d'émotions mêlées se finalisent devant un écran d'ordinateur. C'est très particulier! Ce fut le début de ses retrouvailles virtuelles. Les jours suivants, par le biais d'une cousine, elle a été mise en contact avec sa soeur, sa mère et sa grand-mère.

En 2016, elle retrouve les siens et le goût de les rencontrer est venu assez rapidement. Entre temps, sa mère lui a expliqué le contexte de son adoption dont elle n'était pas au courant à savoir qu'elles ne pourraient plus avoir de contacts. Lorsqu'elle l'a déposée avec son frère, à l'orphelinat, elle est repartie en auto, péniblement, en pleurant. Cette image l'a troublée tout au long de son enfance. Oui, elle avait été "abandonnée" mais elle conservait l'image d'une mère aimante.

Comme elle était malade, ayant des problèmes avec un oeil, sa mère en avait parlé partout dans son petit village. Une personne peut-être bien intentionnée, une soi disant "bonne samaritaine" lui aurait dit: "Si tu l'envoies au Canada, elle recevra les soins nécessaires pour son oeil et, à 18 ans, elle te reviendra." Elle avait tant de peine de la voir partir seule au Canada, et, la sachant très attachée à son frère, l'a laissé partir lui aussi avec elle. C'était un geste d'amour, de générosité, en fait. Elle les emmène à l'orphelinat et, quelques semaines après, elle y retourne et demande des nouvelles de ses enfants. C'est alors qu'on lui apprend que ses enfants sont déjà partis au Canada et qu'elle ne les reverrait plus jamais. Ce fut pour Christine comme un coup de poignard car elle a vécu 26 ans de haine contre sa mère pour finalement savoir qu'elle devait interpréter le geste de sa mère comme en étant un d'amour et non d'abandon, au final.

Elle sentait qu'elle avait vraiment envie d'aller leur rendre visite en Haïti pour en savoir plus sur son histoire mais la raison décisive de son départ fut le contact avec sa grand-mère. Celle-ci l'avait beaucoup marquée car depuis toujours, elle avait conservé un visage d'elle très clair. Elle lui a dit, au téléphone, qu'elle avait toujours gardé l'espoir de les revoir un jour, Bernard et elle. Du haut de ses 96 ans elle lui a dit: "Si je vis si longtemps c'est parce que je veux te revoir, viens me voir". La décision fut alors prise et deux mois après, elle quittait pour Haïti, avec son frère, vers la destination de leur terre natale.

Au débarquement de l'avion, elle s'est sentie soulagée d'être rendue. Tout le vide qui se trouvait en elle serait rempli et elle aurait enfin des réponses à ses questionnements. Elle pouvait regarder tout partout autour d'elle et se dire qu'elle était dans SON PAYS.

À cette première journée en Haïti, elle voulait rester seule avec son frère. Elle avait besoin de "décanter" sa colère, son sentiment d'abandon. Elle vivait une montagnes russe d'émotions; c'était donc préférable qu'elle les vive en solitaire.

Elle avait demandé à sa mère et à sa soeur de respecter sa volonté d'être seule mais, dans la culture haïtienne, c'est mal vu, ça ne se fait pas de ne pas être accueillant(e)s. Sa mère l'a donc suppliée pour que sa soeur soit présente, à son arrivée au pays. Elle a accepté et était heureuse qu'il n'y ait pas plus de membres de sa famille car ça lui faisait toute une gamme d'émotions à ne pas trop savoir comment gérer. Son frère étant un homme, vivait des émotions, lui aussi, mais il les gardait à l'intérieur de lui. C'était différent; il ne les démontrait pas vraiment. Il a quitté le pays seulement âgé de 3 ans, par contre.

La première journée avec sa soeur s'est bien déroulée. Il y avait beaucoup de regards entre elles et beaucoup de pleurs. Elle ne maîtrisait pas très bien le créole mais comprenait assez pour suivre une conversation mais pas pour le parler. Sa soeur parlait français mais il y avait une grande barrière de la langue avec sa mère qui, elle le constatera, ne parlait pas du tout le français.

Elle a rencontré sa mère la deuxième journée, à la première heure. Elle s'est rendue dans son village natal. En peu de temps, devant la maison, ce furent les larmes et les câlins pendant au moins un bon vingt minutes. Ils sont arrivés vers 9h00 et sont repartis vers 19h00-20h00. Ils sont demeurés une semaine en Haïti. Ils se sont revus au cours de la semaine mais elle n'était pas en mode "parler d'elle et parler de sa vie". Elle était davantage en mode "observation et écoute". Sa famille savait qu'ils quitteraient pour le Canada après cette semaine.

Elle est revenue au Canada, affectée et s'est sentie coupable au moins pendant trois semaines, à cause du choc culturel entre autres pour la nourriture insuffisante de sa famille en Haïti alors qu'au Canada, ses enfants gaspillaient parfois. Quand on côtoie la misère, en Haïti, on ne peut pas faire autrement que d'être sous le choc, au retour, dans son pays d'abondance. Le premier mois, elle se culpabilisait d'avoir tout le matériel mais en même temps, ce n'était pas de sa faute. Elle ne peut quand même pas vivre dans la misère pour être comme sa famille pas plus qu'elle peut tous les faire vivre n'ayant pas ces moyens financiers. Au début de leur relation, sa famille demandait de l'aide mais peu souvent.

Petit à petit, malheureusement la "riche" du Canada a constaté qu'ils avaient des besoins matériels plus réguliers. Elle a dû prendre du recul. Elle a réalisé qu'en leur envoyant de l'argent, elle ne leur rendait pas vraiment service car, quand les sous entraient, ils pouvaient manger à satiété mais, la semaine suivante, si elle n'envoyait rien, ils "crevaient de faim". Elle n'avait pas le mandat d'être leur pourvoyeur et ce n'était pas un rôle qu'elle voulait jouer. Par ailleurs, avant son arrivée, avant qu'elle leur envoie des sous, ils vivaient différemment donc, c'était peut-être une façon de leur créer des besoins qu'elle ne pourrait pas combler, d'une façon régulière.

Elle a vécu beaucoup d'émotions, de toutes sortes, sur plusieurs plans. En rapport avec l'adoption, elle a rencontré d'autres Haïtiennes, adoptées ici aussi au Canada, et, aux retrouvailles, elles se sentent perçues comme étant des "sauveurs".

Elle ne regrette pas ses retrouvailles. C'était un voyage qu'elle devait faire. Il a répondu à plusieurs de ses interrogations, a pansé certaines blessures mais tout en en créant d'autres, dont l'aspect financier. Au-delà de cet aspect, si ce n'était pas de la crainte de se sentir exploitée, elle aurait envie d'entretenir cette relation avec eux.

Sa grand-mère vit toujours et aura 100 ans en mai 2019. À cause de la difficulté de la langue, elles ne se parlent pas au téléphone mais elles prennent des nouvelles l'une de l'autre.



<< Retour


Mouvement Retrouvailles - adopté(e)s - non adopté(e)s - parents
Casier postal 47002
Lévis (Québec)
G6Z 2L3

Règlements généraux adoptés par le C.A. | Rapport annuel 2018

Caroline Fortin, Présidente et coordonnatrice
Téléphone : 418 903 9960
Téléphone : 1 888 646 1060 (sans frais)
Télécopie : 418 834 9627

Téléchargez notre logo ou bannières

© 1996-2019 Mouvement Retrouvailles. Tous droits réservés, reproduction interdite.