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Émission "Loin des yeux, Près du coeur" - 4 mai 2018 - Marthe Charest, mère d'origine Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du cœur” du 4 mai 2018 – Marthe Charest, mère d’origine

Normay reçoit Marthe Charest, mère d’origine qui a retrouvé sa fille depuis 16 ans. Elles nous entretiennent sur différents points importants concernant les démarches de retrouvailles.

Marthe nous fera certainement un excellent résumé écrit de cette émission, comme seule elle sait le faire à chaque semaine. Merci Marthe.

Bonne semaine!


Pour écouter votre émission :

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RÉSUMÉ

Les craintes des mères d'origine, toutes générations confondues, qu'elles soient âgées de 60-70-80 ans et plus, sont à quelques exceptions près les mêmes que celles des personnes adoptées. Les peurs sont celles du refus, de l'abandon et celle de ne pas répondre aux attentes de l'autre à savoir, dans mon cas, ma fille et pour les personnes adoptées, leur mère et/ou leur fratrie.

On peut rajouter une crainte supplémentaire rencontrée chez la plupart des mères, dont moi, à savoir les comparaisons avec les parents adoptifs de peur de ne pas être à égalité, de ne pas répondre à leurs critères, de ne pas être à leur hauteur pour accueillir « leur » enfant, dans notre vie.

Avant les retrouvailles, en consultant nos antécédents sociobiologiques, nous pouvons lire la profession et/ou le métier des adoptants et leur niveau de scolarité. Par conséquent, nous pouvons donc ressentir la peur de ne pas être au même niveau socioéconomique qu'eux, n'ayant pas le même bagage. Ce sont quand même des peurs d'infériorité légitimes vécues en pré-retrouvailles et celles-ci peuvent persister si elles se confirment, dans la réalité, et qu'on nous fait ressentir un standard de vie en deçà du leur: apparence extérieure, vêtements, bijoux, maison, autos, visites, sorties culturelles, concerts, voyages etc.

Je ne craignais pas que ma fille dise non aux retrouvailles mais, cependant, après notre première rencontre, au moment de la quitter, je me disais que j'avais répondu à plusieurs de ses questions. J'avais donné beaucoup de détails sur les raisons de son adoption, sur son père, sur ses antécédents médicaux, sur ma famille, moi et mon passé. Sa curiosité assouvie, y aurait-il d'autres rencontres par après? Je ne voulais surtout pas retrouver mon enfant pour la perdre à nouveau, alors, le départ fut déchirant en ce sens que je me demandais s'il était un adieu ou un au revoir...

Je voulais faire confiance à ma fille, je l'avais portée pendant neuf mois, mais nous étions toutes deux des inconnues, l'une pour l'autre. Au fil du temps, en se découvrant tout au long de notre relation, j'ai eu tout le loisir de réaliser qu'elle n'était pas superficielle et qu'elle avait vraiment voulu me rencontrer pour bâtir une relation avec moi, d'abord, et avec mes proches, par la suite.

Notre retrouvaille est une réussite mais grâce en grande partie à l'accompagnement que j'ai reçu et nous ne parlerons jamais assez, à mon avis, de son importance. Mon parcours n'aurait sans doute pas différer de celui de d'autres mères. Après avoir recherché et attendu longtemps, j'aurais été du genre « action-réaction » et j'aurais voulu que ça roule à toute vitesse. Normay, Lyne d'Adoption, Émotions, Retrouvailles (AÉR) ainsi que des participant(e)s sur son site ont fait en sorte que je ralentisse « ma course aux retrouvailles » , heureusement.

Récemment, avec l'engouement pour les tests d'ADN, ça devient risqué si les résultats et leur interprétation sont rapides. Les recherchant(e)s peuvent sauter des étapes et aller frapper directement aux portes des êtres recherchés qui ne sont pas du tout préparés à cette éventualité alors, on pourrait facilement assister à un flop. La préparation pré-retrouvailles demeure encore la même bonne vieille recette gagnante.

Ces mêmes personnes qui retrouvent avec les tests d'ADN devraient demander de l'aide, du soutien au Mouvement Retrouvailles. Ce sont des démarches qui doivent être vécues dans le tact, la diplomatie et le respect de l'autre. Arriver tel un chien dans un jeu de quilles n'est pas une bonne idée!

Normay me ramène au fait que les mères qui sont mal à l'aise de répondre à certaines questions ne sont pas obligées de le faire. Dans mon cas, je n'ai pas répondu à toutes les questions de ma fille, à notre première rencontre. Il s'agit d'aborder certains aspects de notre vie, qui ont été cachés, au moment où on le jugera opportun. Pour moi, ça devenait aussi un filet de sécurité, un gage, honnêtement parlant, pour la revoir à d'autres occasions...

Pour la mère envers son enfant, toutes les questions ne sont pas appropriées et obligées d'être posées aussi. Quand elle ressent une hésitation, un inconfort quelconque, elle ne doit pas persister. Un lien de confiance doit s'établir. C'est ainsi que l'enfant, devenu adulte, peut être gêné d'avouer qu'il n'a pas été aimé ou mal aimé, maltraité ou abusé, pages sombres de sa vie qui ne pourraient qu'augmenter le sentiment de culpabilité de sa mère pour l'avoir confié à l'adoption. Bref, les questions doivent être posées avec discernement, doigté, respect et au moment choisi et ce, pour les deux parties concernées.

Quand la mère dit oui aux retrouvailles, c'est déjà beaucoup! C'est un cadeau, un gros plus, dans la vie! L'important est de laisser la mère se raconter et ne pas se rendre dans des zones qui semblent générer un malaise. On a tout le loisir de se connaître, de s'apprivoiser, tout doucement, donc, c'est recommandé de le faire, à son rythme.

Les rencontres dans l'anonymat existent également et, même en sachant qu'elle a une fratrie, comme dans le cas de Normay, elle ressentait bien que ça n'irait pas plus loin avec sa mère qui n'était pas prête à lui présenter sa famille. Elle n'a pas insisté et c'est tout à son honneur. Elle avait la chance de la voir, de la toucher, même dans l'ombre, elle voulait donc profiter de sa rencontre privilégiée avec sa mère pour connaître son histoire à tout le moins les pans de sa vie qu'elle voulait bien révéler.

Aux retrouvailles mère-enfant, on assiste à une RE-naissance, un moment d'intimité attendu depuis longtemps, de part et d'autre, alors on doit privilégier ces instants précieux ensemble; la famille s'ajoutera au fur et à mesure, au moment opportun pour ce faire. Elle n'a pas à y être car elle n'y était pas, lors de cet événement du passé. Ce sont des liens porteurs de séquelles vécus mère-enfant et la famille ne peut pas les concevoir comme tels. En fait, la famille, elle, voit plutôt le « nouvel arrivant » comme un complément dans leurs vies.

Les pré et post retrouvailles se doivent d'avoir un suivi. Nous y vivons toute une gamme d'émotions et si c'est bâclé, à la va-vite, le flop sera sans doute au rendez-vous. C'est encore plus souffrant car on ne se retrouve pas pour se perdre à nouveau, au bout de quelques rencontres.

Même après quinze ans, en tant que mère, il m'arrive encore d'avoir peur de perdre ma fille, comme je l'ai déjà perdue. La crainte est moins grande qu'au début de notre relation, bien sûr, mais elle m'habite encore, à l'occasion, quand il se passe quelque temps sans recevoir de ses nouvelles. Quand je suis dans cet état d'esprit, je valide mes impressions en lui téléphonant ou en lui écrivant un message car ces « idées grises », que j'appelle, n'ont pas à me hanter et me bouleverser. En peu de temps, j'ai une réponse et mes craintes s'envolent. Je souffre moins longtemps, c'est le but!

L'accompagnement après les retrouvailles est très important. Normay avait laissé son numéro de téléphone à ma fille et elle l'a appelée, en toute confiance. Moi, même avec toute la meilleure volonté du monde, je ne suis pas adoptée. Qui de mieux qu'une personne adoptée, qui a retrouvé, pour en comprendre une autre et pour l'aider à bien se sentir?

Pour l'adopté(e), quand la mère adoptive vit et que la mère de naissance est retrouvée, des questions se posent, par exemple, à qui envoyer les voeux pour la fête des mères, en premier, comment appeler les deux mères? Il y a plusieurs questions de base, comme celles-ci, qui se doivent d'être éclaircies afin qu'il n'y ait pas de frustrations, d'insatisfaction de la part des deux mères et des membres bénévoles du Mouvement Retrouvailles peuvent nous aiguiller afin de ne pas marcher sur des oeufs.

Concernant les recherchant(e)s, qui ont une longueur d'avance sur la personne recherchée, ils/elles se préparent depuis longtemps alors que l'autre partie en cause, avec un appel imprévu du Centre jeunesse, est bouleversée. La mère est souvent sous le choc; la machine à remonter dans le temps fait son oeuvre, en quelques instants, et tout tourne vite, trop vite tel un film en accéléré. Parfois, la mère refuse mais en fait, elle ne refuse pas son enfant. Elle refuse plutôt de faire marche arrière et de revivre encore son passé douloureux. En même temps, elle pense aussi à la manière qu'elle devra annoncer cette nouvelle à son conjoint et à ses enfants, s'il y a lieu, si elle dit oui. Sa vie est donc chamboulée, elle se sent « prise au piège » et dit non alors qu'elle pourrait demander une période de réflexion à l'intervenant(e) au Centre jeunesse. Elle prend donc panique et raccroche l'appareil.

En conclusion, en mai, ce sera la fête des mères. C'est beau les fleurs, les chocolats et le repas au resto mais je leur dirais de parler, de se libérer de ce fardeau du passé, ce jour-là. Pourquoi ne pas demander d'organiser une rencontre familiale afin qu'en guise de cadeau, elles annoncent cette naissance? Oui, les proches seront sous le choc, sans doute, mais ces mères le sont, elles, depuis si longtemps! En révélant leur secret, elles se sentiront mieux et qui sait, on pourra peut-être les aider à retrouver l'être cher manquant. C'est le cadeau le plus précieux qu'elles aimeraient recevoir et donner à leur enfant adopté mais, par ricochet, à leurs autres enfants qui ont grandi avec elles. Je leur souhaite, de tout coeur, afin qu'elles puissent vivre de beaux moments car plusieurs d'entre elles vieillissent. Elles méritent bien de mourir en paix, en toute sérénité, sans traîner leur fardeau dans l'éternité.

Merci à Mme Normay St-Pierre et merci à M. Jean-Paul L'Heureux pour son choix de chanson « Tant que tournera le monde » interprétée par Les BB.

Merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l’émission. ​

Il est possible de vous procurer le livre de Normay St-Pierre écrit en collaboration avec Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.

Si vous désirez participer à l'émission, écrivez directement à Mme Normay St-Pierre à l'adresse suivante: normay.stpierre@videotron.ca Elle se fera un plaisir de vous contacter et de vous fixer un rendez-vous téléphonique. Vous n’avez donc pas à vous déplacer pour vous présenter en studio. Les enregistrements sont faits le mercredi soir, à 19h00.

À la semaine prochaine!

Marthe Charest

Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003



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