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Émission “Loin des yeux, Près du coeur” - 3 novembre 2017 – Marthe Charest, mère d’origine Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du coeur” du 3 novembre 2017 – Mme Marthe Charest, mère d’origine

Cette semaine, Normay reçoit Marthe Charest, mère d'origine qui a dû confier sa fille à l'adoption en 1972. Elle nous raconte la naissance de sa fille et la séparation d'avec celle-ci. Marthe nous parle d'espoir, ce qui l'a aidé à poursuivre son rêve jusqu'au moment des retrouvailles. Un très beau témoignage. Merci.

Pour écouter votre émission :

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RÉSUMÉ

J'ai retrouvé ma fille, il y a 14 ans (j'ai dit 12 ans, par erreur, dans l'entrevue). Mes recherches se sont étalées sur dix ans, d'une façon constante. Cependant, j'avais regardé avant, ici et là, avec les outils de l'époque mis à ma disposition tels les journaux, les revues, les annonces sur les babillards, les archives etc. Je n'avais pas Internet, à cette période-là de ma vie comme allié. De plus, ma fille n'était pas majeure et ça aurait été trop prématuré et peut-être trop déstabilisant de la retrouver à cet âge-là, à l'adolescence, où il y a déjà beaucoup de bouleversements.

Je me sentais bien seule pour faire avancer mes recherches. Je ne connaissais pas d'autres mères d'origine ni de personnes adoptées. Je partais donc de loin quand j'ai débuté mes démarches.

En 1994, je suis allée à un café-rencontre du Mouvement Retrouvailles, à St-Hubert. J'étais la seule mère de naissance. Ça m'aidait à comprendre les sentiments, les comportements des personnes adoptées, leurs réactions et en même temps ceux de ma fille, éventuellement, quand je la retrouverais. Je me sentais quand même seule et marginale. J'étais en « mode écoute », silencieuse.
J'ai accouché à l'Hôpital Charles-Lemoyne de Greenfield Park. Ce n'était pas austère comme à l'Hôpital de la Miséricorde de Montréal mais il y avait encore des tabous et des infirmières plus âgées me regardaient de haut. J'ai heureusement pu voir et prendre ma fille dans mes bras mais si peu longtemps car on me disait que je pourrais m'y attacher (comme si ce n'était pas déjà fait) et que je pourrais changer d'idée et ne plus vouloir la faire adopter. Elle était à la pouponnière. On a tenté de prendre une photo, en cachette, pour que je puisse garder un souvenir avant ma sortie de l'hôpital. Ma caméra était sur ma table de chevet, où je l'avais déposée mais sans film... la Direction ne comprenait pas et moi, encore moins. Je ne comprendrai jamais, par ailleurs, pourquoi. Ça ne servait qu'à moi, pourtant! Ça m'enlevait le seul souvenir tangible, à vie, que je pouvais conserver d'elle. Le côté humain et la délicatesse n'étaient pas au rendez-vous.

Que ce soit à l'Hôpital de la Miséricorde de Montréal, dans n'importe quel hôpital ou parfois même à la maison, à une certaine époque, quand on enlève le bébé à sa mère, la déchirure de la séparation est la même partout. Il n'y a rien de pire que de devoir se séparer de son enfant que l'on vient de mettre au monde. À mon avis, ce qui pourrait peut-être s'en approcher le plus serait la disparition d'un enfant. On le recherche, on vit des inquiétudes, on s'interroge sur où il est, s'il est en sécurité, on attend et on nourrit de l'espoir...

Survivre à son enfant décédé est déjà très difficile et traumatisant mais survivre à son enfant et en faire le deuil, quand il n'est pas décédé, est une vraie torture.
Je suis partie d'un point de vue positif en me disant que j'allais retrouver ma fille. C'était peut-être naïf mais ça me raccrochait à mon rêve. Je lui avais même donné un prénom qui n'était pas populaire à l'époque, Daphné, en croyant que ça faciliterait mes recherches. Pourtant, pour la plupart des parents adoptifs, je savais bien, au fond, que son prénom serait changé; c'était comme une pensée magique. Par ailleurs, aucune donnée nominative ne serait accessible dans les dossiers confidentiels des Centres des services sociaux (CSS, Centres jeunesse, maintenant).

À chaque année, j'écrivais une carte d'anniversaire avec une lettre à ma fille en me disant que ça me permettait de communiquer avec elle, via nos deux coeurs. Je continuais toujours de me dire qu'un jour, je la retrouverais et que je lui remettrais ces écrits. J'ai eu le bonheur de le faire, aux retrouvailles. Ce fut un moment touchant, pour moi, et pour ma fille aussi, quand elle a lu ces messages, chez elle. Nos enfants nous suivent dans le temps et dans nos pensées et pour moi, ce fut une façon de boucler une boucle en lui remettant ces cartes-lettres. C'était ma façon à moi de garder contact avec elle, même à distance, tout en nourrissant et en poursuivant mon rêve, concrètement.

D'autres mères d'origine expriment aussi leurs pensées, à leur manière: en allumant des bougies à certains jours particuliers de l'année, en fabriquant des gâteaux d'anniversaire, en plaçant des ornements dans l'arbre de Noël, tout comme je le faisais, en réalisant des dessins bien rangés dans une boîte et même aussi en touchant des objets «empruntés » à long terme à la pouponnière comme une petite couverture...

Écrire était thérapeutique pour moi si je ne voulais pas faire une dépression. La peine était là, le manque, l'absence et le deuil aussi mais j'avais le sentiment que je devais me mettre en action pour ne pas « perdre le Nord ». Je ne pouvais plus revenir en arrière donc, il valait mieux que je mette le focus sur le présent. Je suggère aux mamans de naissance de prendre la plume pour avoir l'impression de garder contact. En étant seules, emmurées dans leur silence, leur secret, écrire est une façon de de se libérer de leur fardeau et les mots qui viennent du coeur font toujours du bien à celles qui les écrivent et à celles et à ceux qui les reçoivent. Au pire, elles peuvent les jeter si elles ne sont pas à l'aise de les conserver mais le temps de cette écriture, ça allégera la souffrance de leurs coeurs. Celles qui ne se sentent pas capables d'avouer leur secret, de vive voix, peuvent au moins se libérer en le faisant par écrit et peuvent laisser traîner une lettre, par hasard...

C'est un peu à l'image de l'émission « Les Retrouvailles » de Claire Lamarche. Certaines mamans pleuraient tellement en regardant cette émission que ça ouvrait parfois des portes aux confidences... Les conjoints ou les enfants se questionnaient parfois sur l'intensité des pleurs et allaient questionner et vérifier si elles avaient mis au monde un enfant confié par la suite à l'adoption. Certaines se libéraient et d'autres, non.

Internet est un outil précieux pour rejoindre le Mouvement Retrouvailles et les groupes d'entraide parlant d'adoption. On y retrouve aide, informations, compréhension et soutien. C'est souhaitable et tellement positif! Pour ma part, quand j'ai débuté mes recherches, je ne savais même pas vraiment où me diriger.

Quand on confiait notre bébé/enfant à l'adoption, c'était pour son bien-être, pour qu'il soit aimé, heureux, placé dans une bonne famille et qu'il reçoive aussi matériellement ce qu'on ne pouvait pas lui procurer. Nous tentions de croire, le plus possible, ce qu'on nous disait dans les Services sociaux mais nous n'avions pas de preuves quand nous téléphonions pour avoir des nouvelles. Ils s'empressaient de nous dire que tout allait bien et que l'adoption serait pour bientôt, de ne pas nous inquiéter.

En rapport avec la culpabilité, celle-ci m'a habitée au moins pendant plus d'un quart de siècle. Quand j'ai voulu faire mes démarches officielles, je me suis pardonné tout au long du processus en me disant que si j'avais à retrouver ma fille, je devrais le faire avec le plus de sérénité possible.

Avec ma fille, nous avons discuté de nombreux sujets en rapport avec nos attentes, notre « territoire » à ne pas envahir, la fréquence de nos visites et de nos appels mais tout en étant assez flexibles, en s'ajustant aux circonstances de la vie telles la maladie, la mortalité etc. Cependant, il ne faut pas trop briser un certain rythme. Il est important de se faire une place à notre « agenda de vie » pour ne pas se perdre dans ce monde où tout va trop vite.

Concernant la préparation et l'accompagnement pour les retrouvailles, autant pour les personnes adoptées que pour les parents d'origine c'est fondamental. Écouter les gens qui ont vécu et/ou participé à des retrouvailles est très important. Leur expérience est nécessaire, pour ne pas sauter d'étapes. Moi, personnellement, je crois que je serais allée peut-être un peu trop vite car lorsque nous recherchons et attendons depuis bien longtemps, nous sommes plus impulsives. S'il n'y a pas de préparation ou d'accompagnement, 3 mois, 6 mois après les retrouvailles, parfois la relation s'interrompt, malheureusement.
Facebook et les tests d'ADN, de plus en plus populaires, sont des outils très précieux pour retrouver, j'en conviens, mais il y a des lacunes. Ça va souvent beaucoup trop vite et il n'en demeure pas moins qu'ils ne remplaceront jamais une voix, deux oreilles et deux yeux. Bien souvent, nous voulons retrouver pour la veille mais au moins, si on retrouve via Facebook et avec Ancestry.com, il est très important de joindre ensuite le Mouvement Retrouvailles. On peut aller aussi dans les cafés-rencontres où personne n'est forcé de parler. Le rythme de chacun est respecté. Ils sont là comme soutien, guides et accompagnateurs, entre autres. Nous pouvons aussi nous rendre sur le site Adoption, Émotions, Retrouvailles (AÉR) pour s'informer, échanger, pour envoyer des avis de recherches, pour accéder à la salle de clavardage, pour s'entraider, pour se faire diriger, pour se sentir moins seul(e)s etc.

Merci à Normay et merci à Jean-Paul pour le choix de sa pièce musicale « L'absence » composée par Serge Reggiani et interprétée par Isabelle Boulay.
Merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l’émission.

Il est possible de vous procurer le livre de Normay St-Pierre écrit en collaboration avec Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.
Si vous désirez participer à l'émission, écrivez directement à Mme Normay St-Pierre à l'adresse suivante: normay.stpierre@videotron.ca Elle se fera un plaisir de vous contacter et de vous fixer un rendez-vous téléphonique. Vous n’avez donc pas à vous déplacer pour vous présenter en studio. Les enregistrements sont faits le mercredi soir, à 19h00.

À la semaine prochaine!
Marthe Charest
Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003


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