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Émission "Loin des yeux, Près du coeur" - 13 avril 2017 Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du coeur” du 13 avril 2017 – Mme Lucie Bourdeau

Normay reçoit Mme Lucie Bourdeau, psychologue, adoptée, auteur du livre "Les retrouvailles en adoption : Une quête de soi". Aujourd'hui, entre autres sujets, on parle de l'importance de révéler ou non à son enfant qu'il a été adopté et quelles en sont les répercussions.

Pour écouter votre émission :

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RÉSUMÉ

À l'émission de Normay, le 2 mars dernier, Mme Caroline Fortin nous informait de différents livres publiés en rapport avec l'adoption et un, plus particulièrement, a retenu son attention et aussi celle de Normay. Il s'agit de : « Au-delà de l'abandon » (Édith Mercier, 2013). Mme Bourdeau l'a lu, nous en parle quelque peu afin d'amener le sujet du jour à savoir: « L'importance de révéler ou non le statut d'adopté(e) avec les répercussions que ça comporte sur la vie future de la personne adoptée. »

Dans le livre en question, les parents adoptifs se sont assis avec leur jeune fille âgée de 8 ans pour lui faire part de son statut d'adoptée. Ils croyaient qu'une fois cette révélation faite, l'enfant continuerait de cheminer, d'aller de l'avant, mais en fait, elle en a été fort chamboulée voire même traumatisée: « Un jour, j’avais environ 8 ans, mes parents décident de me dire la vérité au sujet de ma naissance. Ça dû être terriblement angoissant pour eux de m’annoncer la nouvelle. Ils auraient tout aussi bien pu garder ce secret mais ils pensaient que j’avais le droit de savoir. Je me demande encore aujourd’hui si des parents adoptifs devraient garder ce secret. Je crois que ma vie aurait été différente si je n’avais pas su, je n’aurais pas vécu ce maudit rejet. On dit que Dieu ne nous envoie jamais des épreuves auxquelles nous ne pouvons faire face, qu’elles nous font grandir et qu’il en ressort toujours du positif. Aujourd’hui, je suis encore à la recherche du côté positif de cette situation mais je continue de cheminer en espérant qu’un jour, dans un futur pas trop lointain, je vais découvrir les bienfaits de cette expérience. »

Les enfants étant différents, ils vivent donc des réactions fort différentes. Plusieurs parents adoptifs, dans les années '50, '60, '70, croyaient, à tort, qu'une fois annoncé le statut de leur enfant, il vivrait bien cette différence, tout le reste de sa vie, sans se préoccuper ni se questionner sur ce sujet.

Les parents se faisaient dire par les travailleurs sociaux qu'il était important de révéler à leur enfant (8-12 ans) qu'il était adopté mais ils ne parlaient pas, par contre, des répercussions dans leur avenir tout comme si l'enfant devenait une page blanche qui s'effaçait dès son arrivée dans sa famille adoptive mais c'était sans compter sur les souvenirs cellulaires. Les parents n'élaboraient pas davantage car après avoir su, tout devait être réglé pour leur enfant et sans doute se disaient-ils aussi, que, si l'enfant avait des questionnements, c'est qu'ils avaient échoué, à quelque part, dans leur rôle de parents.

Il faut se reporter à la réalité de cette époque où l'on voulait tenir un côté secret pour préserver l'enfant afin qu'il ne soit pas stigmatisé, pointé du doigt comme un enfant à part, pour ne pas qu'il soit insulté à cause de sa différence. Il y avait en fait deux messages contradictoires qui circulaient. D'un côté, on disait de parler du statut d'adopté(e) et de l'autre, on ne devait pas trop en parler car ça pouvait être risqué.

La plupart des parents croyaient que le sujet de l'adoption était clos après avoir confié à leur enfant qu'il était adopté. Mais celui-ci captait l'insécurité et le malaise de ses parents et n'abordait donc plus ce sujet-là qui semblait tabou. Donc, si l'enfant comprenait qu'il valait mieux ne pas discuter de la question, il n'en demeurait pas moins que plusieurs interrogations se bousculaient dans sa tête, sans réponse, dont la plus fondamentale: « Pourquoi ma « vraie » mère m'a t-elle laissé(e), confié(e) à l'adoption? »

Pour l'enfant, c'est tout un choc que celui de savoir que les parents qu'il a toujours eus sous ses yeux n'étaient pas ses parents d'origine et de ce fait, tout est faussé autour de lui! Toute la réalité, tout son vécu, tout ce que l'enfant connaissait depuis sa présence dans cette famille est donc tronqué. Cette situation crée beaucoup d'insécurité et chez plusieurs enfants, les questions montent de plus en plus. De nombreuses personnes adoptées vivent cette révélation comme un deuxième traumatisme, le premier étant celui de la séparation d'avec leur mère d'origine.

La majorité des enfants ont su en bas âge qu'ils étaient adoptés, vers les 8-10 ans, tout en ayant par la suite, des explications, au fil du temps, selon leur âge et leur compréhension des choses. Cependant, une fois devenu adulte, quand il apprend son statut, lors du décès de ses parents ou lors d'une réunion, par exemple, au temps des Fêtes, et que quelqu'un(e) s'échappe et confie ce secret qui devait être bien gardé, là, l'impact est encore plus grand étant plus âgé et il perd tous ses repères. Il constate qu'il a bâti son identité sur de fausses bases et ce, pendant parfois plusieurs décennies. Un sentiment de honte l'habite, l'envahit et il se dit que tout le monde le savait sauf lui. Je suis le premier concerné mais le dernier informé. Il se sent trahi. Avec le recul, il se rend compte aussi qu'il y avait eu des signes de son adoption qu'il avait négligé de regarder, d'approfondir ou qu'il ne voulait pas voir...

Pour d'autres enfants, ils reçoivent cette information comme étant un privilège, une faveur. C'est ainsi que leurs parents leur expliquent qu'ils ne pouvaient pas concevoir d'enfants. Ils sont allés à la crèche pour le/la choisir. Plusieurs le vivaient donc très bien et le percevaient comme étant un fait comme un autre, ni plus ni moins, sans se poser trop de questions.

Si l'enfant, justement, ne manifeste pas d'intérêt et ne pose pas de questions quant à sa situation, les parents devraient-ils aller au-devant des questions? Au fond, l'importance numéro 1 est que les parents se sentent bien, à l'aise, de parler d'adoption avec leur enfant et qu'ils puissent profiter de certains événements de la vie courante tels une femme enceinte ou un couple connu qui parle de son processus d'adoption pour aborder le sujet, simplement, en répondant à des questionnements, quand c'est possible et sinon, s'informer et trouver des ressources, au besoin.

Il y a aussi les parents adoptifs de la nouvelle génération d'aujourd'hui tels des couples québécois, par exemple, adoptant à l'étranger, À l'heure actuelle, ils ont des formations. Ils sont ouverts et au courant de l'impact de la séparation d'avec la mère d'origine. Ils rencontrent aussi d'autres couples ayant vécu la même expérience. Leur préparation est meilleure que celle à l'époque des crèches. Ils sont davantage observateurs et peuvent accompagner leur enfant dans sa peine parce qu'il y a une perte, un deuil à faire, avant son adoption même s'il est heureux avec ses parents, ce dont on ne tenait pas vraiment compte autrefois.
Il recherchera un miroir pour se reconnaître, de qui il est car il n'a pas de références dans sa famille, ni ne ressemble à personne. Il cherche à mettre un visage sur la personne qui l'a porté, qui lui a donné la vie, une appartenance à ses racines. Il faut penser, par contre, que les ressemblances peuvent être plus grande avec un oncle, une tante, un(e) cousin(e), un frère, une soeur, un père plutôt qu'avec la mère d'origine. Quand il y a des retrouvailles, la première question qu'une personne adoptée pose à une autre est: « Ressembles-tu à ta mère? » Parfois, il peut très bien s'agir d'affinités, de traits de caractère, d'une habileté ou d'un talent particulier; ce n'est pas toujours physique et donc pas nécessairement en lien direct avec la mère.

Dans un autre ordre d'idées, il y a de plus en plus de mères de naissance qui sont malades, avancent en âge et décèdent tout comme pour les personnes adoptées, également, malheureusement. Nous attendons et comptons avec impatience sur le Projet de loi 113 afin qu'il soit mis de l'avant et qu'il soit en force, le plus tôt possible. Un grand vent de changement est nécessaire afin de s'occuper et de se préoccuper de la réalité de nos jours pour répondre aux besoin des gens qui sont différents, en 2017! De plus en plus, des recherches sont effectuées pour la fratrie et pour la descendance. On se tourne beaucoup vers les tests d'ADN n'ayant plus d'autres portes où aller frapper en attendant l'adoption de la loi 113.

Normay raconte une retrouvaille où elle a accompagné une fille et sa mère, placée au CHSLD et souffrant d'Alzheimer. Je connais cette histoire mais à chaque fois qu'elle la raconte, ça m'émeut et me donne des frissons. Le personnel avait été mis au courant des retrouvailles dans sa chambre au cas où la maman vivrait de grandes émotions. La mère en question traînait toujours avec elle une poupée, sa poupée, depuis son admission au CHSLD. Lors de la retrouvaille, quand elle a pris la main de sa fille et qu'on lui a dit que c'était elle, même si elle semblait ne pas comprendre avec sa tête, son corps comprenait, quelque chose s'est passé. Il y a eu une lueur de lucidité dans ses yeux. Elle a saisi quelque chose, à cet instant précis et des émotions ont été vécues permettant de boucler une boucle. Après le passage de sa fille, alors que sa mère avait toujours eu sa poupée en sa possession, elle l'a donnée à sa voisine de chambre pour ne plus jamais la reprendre, par la suite. Ce n'est pas un simple hasard! Il y a ici la présence des mémoires cellulaires!

C'est très libérateur pour les mères d'origine de pouvoir confier leur secret. C'est tout un lourd fardeau que de le porter en soi pendant plusieurs décennies! Lors des retrouvailles, souvent, en rencontrant l'autre, elles vont à leur propre rencontre car l'enfant devenu adulte cherche son identité et sa mère l'a perdue, elle aussi, d'une certaine manière, en perdant son enfant. La mère a une souffrance consciente: grossesse, accouchement, séparation, signature de papiers etc. Le bébé lui, de son côté, perd aussi ses repères: coupure du départ. C'est plus inconscient mais il ressent quand même des sensations, non négligeables, par ses mémoires cellulaires (pas de mots pour le dire). Il reconnaît l'odeur, la voix de sa mère, ses battements cardiaques, son lait (le cas échéant) et il en est ensuite privé. C'est évident qu'il ressent physiquement une insécurité étant séparé d'avec sa mère (blessure primitive).
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Mme Caroline Fortin a lancé une invitation pour une rencontre à Gatineau. Mme Lucie Bourdeau y sera également. Elle est l'auteure du livre « Les retrouvailles en adoption- Une quête de soi ».

RAPPEL - RENCONTRE - GATINEAU
Comme certaines personnes semblent intéressées à une petite activité à Gatineau, nous avons réservé un petit coin au Resto Bistro-Rumeur de l’Hôtel V, pour une rencontre des plus amicales. Il me fera donc plaisir de vous y accueillir pour discuter du Mouvement Retrouvailles, du projet de loi 113, mais surtout pour échanger avec vous et répondre à vos questions.

Aucune présentation officielle ou conférence n’est à l’ordre du jour. Il s’agira vraiment d’une rencontre autour d’un café ou autre breuvage, à votre goût.
Aucuns frais ne seront demandés, à l’exception de vos consommations personnelles.

Comme il s'agit d'une rencontre informelle, aucun transport n'est organisé.
Je vous attends donc le SAMEDI, 22 avril 2017, 14h00, au :
Hôtel V - Resto Bistro-Rumeur
(section Bistro)
585, boul. de la Gappe
Gatineau, QC, CANADA
J8T 8N7
IMPORTANT - Veuillez nous confirmer votre présence au : cfortin@mouvement-retrouvailles.qc.ca

Caroline Fortin, présidente et coordonnatrice provinciale
Mouvement Retrouvailles

Merci à Normay et merci à Mme Bourdeau. Merci pour le soutien technique de Jean-Paul, le bras droit de Normay et merci pour son choix musical: « Ma mère disait » (David Jalbert).

Finalement, merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l’émission. Si vous le désirez, vous pouvez vous procurer le livre de Normay St-Pierre, écrit en collaboration avec Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.

À la semaine prochaine!
Marthe Charest
Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003

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Téléphone : 418 903 9960
Téléphone : 1 888 646 1060 (sans frais)
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